Christina Nilsson - sa fascinante histoire


L'équipage conduisant Jonas Nilsson et son épouse Stina Kajsa roulait à toute allure sur cette route de campagne, entre Växjö och Älmhult. C'était le samedi 20 août 1843. Tous ceux qui les ont vu passer ce jour-là comprenaient que l'affaire pressait et c'est au dernier moment qu'ils atteignirent Snugge pour que soit délivré leur septième enfant - à genoux devant la cheminée - une fille qui le lendemain serait baptisée Christina dans l'église de Vederslöv.
Le foyer était musical mais pauvre. Autant la terre battue du sol que les terres de culture étaient d'une pauvreté qui contraint Jonas a céder ses biens au patron des Ets Huseby, les puissants frères Hamilton, ayant convenu que la famille pourrait continuer a l'habiter. Mais ils fûrent contraints d'abandonner la maison par le gérant des biens lors d'un voyage des Hamilton.

La mère de Christina était effondrée car ils devaient quitter son foyer paternel. Alors la petite monta sur ses genous, et pour la consoler lui déclara résolument que quand elle serait grande, elle lui racheterait cette maison. Emu de ce geste, le vieil aubergiste de Nöbbeled en visite ce jour-là, prit un billet d'un daler qu'il donna à la petite Stina de Snugge.
La famille partit pour Lövhult à Sibbagård, où le père était devenu journalier. Christina était brave et gaillarde - comme un garçon. C'est en leur compagnie qu'elle se sentait le mieux et si on la prenait pour un garçon alors on faisait son bonheur.

Elle était téméraire mais quelques aventures ont mal tourné. Une fois elle reçu en pleine face un sabot dont la semelle était renforcée d'acier - le nez en était presque arraché "A partir de ce jour mon profil sera différent suivant les angles".
Christina empruntait de plus en plus souvent le violon de son frère ainé Carl. Elle eu bientôt appris tout ce qui se jouait et pouvait se rendre à des marchés distants pour y jouer dans les auberges des nuits entières, jusqu'à l'épuisement des danseurs.
Un jour, alors qu'elle avait refusé à sa mère de préparer la nourriture des cochons, elle avait reçu une telle correction qu'elle s'enfuya du foyer, en emportant le violon de Carl au passage. Sur sa route, elle rencontra son camarade de classe, Peter Magnus de Lövhult et c'est en sa compagnie qu'ils se rendirent au défilé du Kronoberg.
"Oh mon Dieu! que j'ai trouvé cela drôle de regarder tous ces soldats qui marchaient ici et là et qui balançaient leur fusil d'une épaule à l'autre. J'ai essayé de faire pareillement, et quand l'officier ordonna halte à la colonne je m'arrêtais aussi mais prenais mon violon et jouais une vraie musette de guinguette, et là, je mis l'ambiance - ils en dansaient tant que la transpiration giclait des visages. Alors j'ai chanté - Näcken han spelar på böljan blå - et les pièces se sont misent a tomber de droite et de gauche dans la casquette de Pelle - Ah, un tel succès ne s'oublie pas".

En juillet 1857 vint le grand marché de Ljungby. Christina et sa mère y allèrent, espérant quelques revenus des talents de chanteuse et du don au violon de sa fille. Quand Christina était entrain de chanter, arriva une calèche de laquelle descendit le gouverneur de la province Tornérhjelm. Il s'émerveilla de sa jolie voix, qui pouvait suivre le violon même dans les moments les plus périlleux et jusque dans les tons les plus élevés.
Il comprit qu'il y avait là matière à bien faire - il s'offrit de parainner son éducation.
Quand il quitta Ljungby, Christina suivit dans l'équipage vers Halmstad - et la professeur de musique Adelaide Wallerius. Son éducation fut rapide. Christina était intelligente, musicale et voulait beaucoup apprendre. Adelaide Wallerius donna un concert à Ljungby en 1858 avec son élève prodige, et lors d'une soirée à Halmstad, Christina éveilla l'admiration générale.



Vers la fin de l'année 1859, son éducation fut confiée à Franz Berwald de Stockholm.
Christina fut présentée pour la première fois à Stockholm lors d'une soirée musicale où la reine était présente. Christina chanta entre autres une aria du mariage de Figaro.
Il fut alors décidé que ce talent devrait recevoir son entrainement à l'endroit qui par tradition est capitale du chant - Paris.
Maintenant commençaient quatre années d'études poussées. Ce furent des années dures, pendant lesquelles Christina remit en doute les talents de sa voix - Sa professeur Warlel essaya de l'encourager de diverses manières, mais cela ne fut qu'après une soirée au Théâtre Lyrique qu'elle se décida de se consacrer à la scène.





Elle fut entendue en audition par le directeur du Théâtre Lyrique ainsi que par les compositeurs Meyerbeer et Rossini. Tous furent charmés par sa voix et lui proposèrent un contrat de trois ans au Théâtre Lyrique. Elle débuta le 27 octobre 1864 comme Violetta dans La Traviata.

En été 1865 on a pu voir à la gare de Lund une jeune femme élégament vétue d'un manteau gris et d'un chapeau de paille italien très décoré, une hirondelle empaillée s'y balançait.
Plus tard, à l'arrivée à Alvesta vint un vieil homme aux cheveux gris, vétu en paysan pour la rencontrer. Il avait l'air un peu géné, se plaçant derrière les autres, mais Christina cherchait déjà - D'un regard circulaire elle trouvait le vieil homme dont les maigres joues étaient perlées de larmes.
"- Père, enfin vous revoir", heureuse, elle l'embrassait. Lui semblait un peu géné mais contemplait plein de fierté paternelle cette jolie créature - sa petite Stina.

Pendant son séjour au pays, lequel était rempli d'invitations, Christina ne chanta qu'à une occasion, lors de sa visite à l'église de Skatelöv, qui ce jour là était pleine de visiteurs, anormalement nombreux pour un dimanche normal. Après le sermon dominical elle chanta du balcon un psaume de David qui lui avait été dédié à Paris. Sa performance est décrite par son ami d'enfance Anders Petter.
"- C'était si beau, que toujours je m'en rapellerai, même à cent ans d'âge. Elle a commencé par nous crier dessus à nous faire sauter des bancs, et puis elle a chanté légèrement et aussi justement qu'un rouge-gorge - Aussi beau que çà, ils ne peuvent pas chanter ni à Paris, ni ailleurs."
La réputation de Christina avait traversé la Manche et elle fut sollicité par Londres. Quand la saison d'opéra débutat en mai 1867, Christina débutat dans La Traviata sur la célèbre scène londonienne Her Majestys Theatre. Les applaudissements étaient chaleureux entre chaque numéros et quand le rideau fut finalement tombé, la chanteuse fut rappellée plusieurs fois.

Tous les trois ans on célèbre au Christal Palace la mémoire d'Handel avec un coeur de 4000 places pour un public de 30000. Christina y chanta en 1868 deux arias du Phantome de Judas. En particulier la première et ses variations fut frénétiquement acclamée.
-Saviez-vous que la chanson populaire suédoise "Näckens polska" est inscrite dans la scène de l'hystérie d' Ophelia dans l'opéra de Thomas Hamlet? Et que cela est grace à Christina Nilsson?
Comment cela est-il? - En 1868, Christina est de nouveau engagée à Paris, mais cette fois au Grand Opera. Le compositeur Ambroise Thomas avait écrit l'opera Hamlet et elle seule pouvait selon lui personniflier Ophelia - elle était faite pour ce rôle.
La première eu lieu le 1er Mars, et si on avait parlé d'un succès au Théâtre Lyrique, elle faisait maintenant un triomphe!
Linterprétation d'Ophelia par Christina fut acclamée comme une révélation. L'entousiasme du public pour cette merveilleuse apparition fut spontané, énorme et sans retenue. Un journaliste décrivit: "En plein 19ème siècle apparait soudainement devant nous l'héroïne scandinave de Shakespeare. L'illusion était totale, devant nous se tenait Ophelia elle-même, sortie de sa tombe réveillée d'un sommeil de plusieurs siècles."

L'hiver 1869 fut tellement rigoureux que le petit lac du Bois de Boulogne en gela - ce fut pour les parisiens l'occasion de patiner. Loisir favori des dignitaires, on y pouvait assister aux visites Impériales de Napoleon III. Christina était une patineuse avertie. Elle l'était déjà petite sur les lacs Suédois, il lui fut facile de donner une leçon aux élégantes de la société parisienne. Elle empruntait la piste extérieure aussi gracieusement que les textes d'opéra et complétait ses pirouettes de la même assurance qu'elle montrait en montant dans les tonalités. Dès que l'Empereur l'eu vue, il s'approcha et la couvrit de compliments, au désarroi de quelques dames bien placées à la cour.
Le rossignol nordique entendait bientôt quitter Paris pour l'Amérique, mais donna un dernier concert pour le couple impérial, sa cour et l'ensemble de ses dignitaires. On espérait y entendre le trio du Don Juan dans lequel l'interprétation de Christina était qualifiée de divine. Quand ensuite elle chanta la scène d'hystérie d' Ophelie vinrent six laquais habillés d'or portant un arbre de lilas blanc qui fut déposé devant elle et au même moment des centaines de bouquets de violettes furent envoyés à ses pieds. Christina en fut si émue que ses yeux se remplirent de larmes.
Ceci augmenta encore l'ovation: "Revenez vite - N'oubliez pas la France à qui vous manquerez et qui vous aime tant!" Le bouquet de l'Impératrice fut offert à Christina qui le conserva comme un précieux souvenir de cette soirée. Quand elle partit pour Londres en Mai, Christina promit de revenir bientôt vers son Paris tant aimé. Mais le 19 Juin, Napoleon III déclarait la guerre aux Prussiens, avec les conséquences désastreuses que l'on sait.
La traversée de l'Atlantique se passa sans encombres. Christina écrivit: "C'est en Septembre que je débarquais en Amérique. Le vapeur Cuba était de plusieurs heures en avance sur l'horaire prévu, mais je fu néanmoins acceuillie par au moins 500 personnes, pour la plupart membres de l'amicale philarmonique de New York, d'artistes lyriques et d'autres esthètes. J'allais maintenant bien, après un sévère mal de mer au début du voyage".

C'est au Steinway Hall, pour l'occasion rempli jusqu'à la dernière place, que le 19 Septembre Christina fut présentée au public New-Yorkais. Entre deux et trois mille spectateurs attendaient impatiemment l'acte principal, le rossignol suédois, et enfin elle vint, aussi merveilleuse qu'un matin de printemps. Ce jour là, sa performance dépassa tous les espoirs. Ce concert fut l'ouverture d'une tournée triomphale de deux ans au travers l'Amérique.
Sur sa première visite en Amérique, le New York Evening Mail écrivit: "Son visage est éclairé d'une joie qu'elle ne peut cacher, quelle émouvante apparition. L'essence de sa beauté ne réside pas dans la douceur de ses traits, mais dans les manières qu'elle exprime les qualités humaines qui vous rendent heureux; l'intelligence, la bonté, la joie, la gaité, et par ses traits personnifie une belle nature. Ses yeux bleus contribuent à toute l'expression des tonalitées que ses lèvres peuvent nous offrir. Ses cheveux longs et épais montrent toutes les nuances du lin. Son profil est des plus grecs dans sa pureté et sa bouche couronne comme un joyau la perfection de son visage. Sa nature est souple, vivace et gracieuse dans tous ses mouvements et présente toute la gloire de la pureté."

Le 27 juillet 1872 à 11 heures, en la célèbre Westminster Abbey de Londres, l'union de Melle Christina Nilsson et de Mr Auguste Rouzaud fut consacrée. La parure de la mariée avait été exposée depuis plusieurs jours et un joaillier attira de nombreux curieux en exposant les bijoux destinés aux neuf demoiselles d'honneur. Le repas de la cérémonie fut suivi d'un cortège pendant lequel les londonniens acclamèrent le couple de leurs fenêtres, avec du riz et leurs souhaits de bonheur. Le voyage de noces fut entrepris le même jour vers un petit refuge de la vallée du Rhin, entre Koblenz et le chateau de Stolzenfel.

Le public russe était devenu impatient d'entendre Christina et c'est en automne 1872 qu'elle s'y rendit, un peu intriguée de l'acceuil qu'on lui ferait. C'est dans le rôle d'Ophélie d'Hamlet qu'elle fit son entrée, peut-être même fut elle déçue de la réserve du public car juste quelques courts applaudissements l'acceuillirent. Mais au fur et à mesure de sa performance, l'ovation s'emplifia et cette première fut un succès.
Lors d'une soirée à Saint Petersbourg, rendez-vous fut pris pour une chasse à l'ours. En une demie-heure, on était sur place. La traque fut entreprise dans les collines fraichement enneigées par l'orage. C'est du fusil de Madame Rouzaud qu'on entendit le coup partir - suivit d'un rugissement et la bête était morte.
A l'avenir, cet ours empaillé fera parti de la décoration de son foyer londonnien.
- Le premier mars 1873, Christina donna un concert final à Saint Petersbourg. Alors qu'elle y jouait Margaretha dans le Faust de Gounoud, dans la scène du jardin, elle eu la surprise de trouver, en ouvrant l'écrin une superbe parure d'émeraudes et diamants assortis, offerts par les abonnés du théatre, ainsi qu'une paire de boucles offerts par l'impératrice et un bijou composé de diamants diverses offert par l'empereur.
A la fin de la représentation, on lui offrit une couronne tressée en or qui était un cadeau du public, et cet objet sera pour Christina un de ses souvenirs les plus chéris. A la sortie du théatre, les étudiants se couchèrent dans la neige comme un tapis jusqu'à la calèche pour que Christina et son mari puissent la rejoindre, et pour l'occasion celle-ci était tirée par de jeunes nobles locaux jusqu'à leur hotel. Les festivités y continuèrent toute la nuit. Cette soirée et ces célébrations resteront à jamais gravés parmis les meilleurs souvenirs de Christina !

Plusieurs années se suivirent pendant lesquelles Christina chanta beaucoup. Si elle n'était pas en tournée en Amérique, en Russie ou en Europe, c'est parcequ'elle honorait un contrat dans quelque théâtre. Sa seconde tournée américaine fut si éprouvante qu'elle dû trouver du repos sur la côte d'azur.
En 1876 à Stockholm un concert fut donné en l'église de Ladugårdsland qui pour l'occasion était bondée. Son mari Mr Auguste Rouzaud y failli mourir étouffé par la foule, son poignet était foulé, sa veste déchirée. Un tonnerre d'applaudissements l'acceuillit dès son entrée et quand elle ouvrit la bouche le public fut conquis.
On disait alors que la fièvre de Christina Nilsson se répandait à la capitale et dans les provinces.
Suite à une tournée de Christina à Vienne, l'Impératrice Elisabeth déclara: "Je n'en connais que peu de choses, mais quand Madame Nilsson chante - je suis touchée - droit au coeur."
Christina et Auguste espéraient mettre un terme à leur vie de nomades et lorsqu'un ami d'Auguste l'incita a spéculer sur des actions qui devaient lui rapporter un million, il décida de tenter l'expérience. Il avait la confiance de Christina et disposait d'une partie de ses biens. Mais au lieu de devenir immensément riche, il en fut ruiné. Cet état de fait le conduisit vers une dépression qui se distinguait de plaintes et gémissements et par une hypocondrie aïgûe.
Horriffiée, Christina du se résoudre a voir son mari devenir dément. Grâce à un ami proche, elle réussit a faire admettre Auguste à l'asile. Malgré la compation de Christina, qui le visitait chaque jour, la condition du malheureux empira. Dans la nuit du 22 février elle fut emmenée pour assister aux derniers instants de son mari et c'est à quatre heures du matin qu'il s'éteignait dans les bras de son épouse, sans l'avoir reconnu. L'état de santé de Christina pendant la période qui suivit était inquiétant. Dans son chagrin elle pleurait sans cesse, ne dormait pas et ne mangeait que peu. Elle essaya d'annuler sa participation prévue dans une représentation Londonienne, mais la menace des frais de compensation pour résiliation de contrat fut trop lourde et elle du se résigner de partir pour Londres en avril.
L'automne qui suivit, elle embarqua de nouveau pour un tournée en Amérique.

La venue de Christina en Norvège fut célébrée en 1885 par un salut royal tiré à Bergen. Une ovation d'applaudissements et de pétals de fleurs l'accompagna tout le long du boulevard Strandvägen. La tournée de 1885 continua à Stockholm. Elle y habitait au Grand Hotell, au premier étage, juste à droite du hall d'entrée. La foule s'était regroupée sur la place et après un moment elle sortit sur le balcon. Sa voix claire et franche couvrit toute l'assistence. "Pour l'instant je ne peux que vous remercier. Après le dernier concert, je reviendrai chanter pour vous, mais pour l'instant je suis trop fatiguée." Elle les salua en retour et se retira.
Déjà le soir du premier concert, une importante foule s'était rendue devant l'hôtel, espérant entendre Christina chanter, et poussée par son bon coeur elle leur chanta deux chansons populaires. La soirée du 23 septembre était belle et douce, une foule immense sur la place du Grand Hotell, 50 000 personnes étaient venu entendre la célèbre cantatrice. Il s'agissait de jouer des coudes si l'on voulait l'entrevoir ou l'entendre. La foule se pressa pour écouter Madame Nilsson et c'est quand la dernière note fut chantée, après que Christina se soit retirée, que la foule subit un effet de panique lors de sa dispertion. Dans la bousculade, les uns marchèrent sur les autres et les pires victimes furent les femmes et les enfants. On déplora le décès de 19 victimes et Christina fut effondrée.

Christina avait précédemment à Paris fait la connaissance d'une jeune fille Espagnole, Rosita de Casa Miranda, qui depuis l'avait suivit avec son entourage dans ses tournées américaines et scandinaves. Christina était si attachée à cette jeune fille qu'elle la considérait comme sa propre fille.
On dit que la petite Rosita elle-même espérait une union entre son père et Christina, et ce désir devint réalité.
C'est par une simple cérémonie que le 12 mars 1887, Christina devint comtesse de Casa Miranda.
Suite au repas nuptial, les nouveaux époux se rendirent en Espagne.

De par sa carrière, Christina habitait loin de sa famille, mais par deux occasions elle reçu leur visite. Déjà en 1867, son père Jonas Nilsson organisa une entrevue entre sa fille Christina, qui maintenant gagnait des fortunes et le propriétaire foncier Stephens, pendant laquelle fut conclu le rachat de la ferme familiale, Snugge pour la somme de 4000 dallers, et ce conformément à sa promesse de petite fille.
Sven, le frère de Chistina fit aussi le voyage deux ans plus tard, il eu l'honneur d'assister à une représentation de sa soeur: "Elle était assise à son rouet et filait sa laine en chantant et nous, on battait des mains du mieux qu'on pouvait, et d'autres jetaient des pétals de fleurs qui donnaient l'impression qu'il neigeait."
Christina commençait a être fatiguée par la vie nomade de cantatrice. Elle trouvait fatiguant le fait d'être toujours au centre de toutes les attentions, et la responsabilité de toujours trouver le juste ton et la bonne sonnorité. Elle évoquait son départ de la scène en précisant qu'elle quitterait au sommet de sa gloire, avant de s'abimer la voix.
Elle fit ses adieux à son public anglais en Juin 1888 lors de deux représentations au Royal Albert Hall de Londres.
La toute dernière représentation publique de Christina eu lieu à Menton, lors d'une fête de charité en 1893. Son nom n'était pas inscrit au programme, mais la rumeur disait que Christina reservait une surprise au public. Au dernier acte, on vit alors la cantatrice prendra place dans un quatuor à cordes et jouer second violon ! Quand le morceau prit fin, un tonerre d'applaudissements éclata et le public scandait son nom pour la rappeler. Elle descendit les marches de l'estrade et face au public pointa son index vers la foule comme pour les confronter puis ajusta son violon au menton et entammait la mesure de Fjorton år tror jag visst att jag var, mélodie populaire de son pays qu'elle chanta en s'accompagnant.
Cette représentation de Christina Nilsson fut la dernière, marquant ainsi sa sortie de scène.
Pendant sa carrière, Christina avait dans son foyer parisien assemblé l'une des plus importantes collection d'objets d'art d'Europe. La manière dont elle tenait ses affaires, en sachant placer sa fortune et la faire fructifier par des spéculations saines et sûres, avait éveillé l'admiration des banquiers les plus aguérris.
Christina portait toujours des vêtements très à la mode, taillés dans les tissus les plus exclusifs, sans aucune extravagance ni outrance.
Christina prit l'habitude de passer l'hiver dans sa maison de Menton et il lui plaisait de revenir passer l'été en Suède. Elle fit quelques apparitions à Stockholm, invitée toujours très remarquée à l'Opera ou pendant les défilés.
Elle acquit une petite propriété, la Villa Vik, située entre Växjö et Gårdsby. Dans le domaine de Gårdsby, elle installa Johannes, le favori de ses neveux. Son soixante-dixi¸me anniversaire fut célébré à Växjö et à Gårdsby où un tournoi de musiciens fut organsé pour la circonstance.

Christina fut atteinte d'une double pneumonie dont elle se rétablit et c'est en été 1921 qu'elle rentra définitivement en Suède, à la Villa Vik. Elle devait sentir la fin approcher car elle dit "Mes vieux os ne seront pas ensevelis en terre d'Espagne".
C'est le mardi 22 novembre 1921, à huit heures quinze du matin, alors que les premiers rayons timides du soleil hivernal commençaient à se répendre sur la campagne du Småland, que s'éteignait la plus illustre des enfants du pays, à l'hôtel de ville de Växjö.

La formidable carrière de Christina a fasciné un très large public.
L'association constituée des descendants des membres de sa famille a dignement célébré la mémoire de leur illustre ascendente en ouvrant au public, chaque été, les portes de son cher foyer natal Snugge aux visiteurs.

Financée par les intérêts générés d'une importante donation léguée par son testament, l'Académie Royale de Musique délivre chaque année et en son nom des bourses d'études.

La Société du Souvenir de Christina Nilsson, Christina Nilsson-Sällskapet a été créée en 1987 par Monsieur Stig Tornehed.
Elle a pour mission de célébrer la mémoire de la cantatrice en favorisant l'apprentissage du chant et de la musique. Elle organise des évènements pendant lesquels les boursiers trouvent un public à leurs talents et elle distribue des bourses sur ses fonds propres à de jeunes talents.